Digitalisation, intelligence artificielle et formation : évolution au long cours ou rupture brutale ?

Nul ne peut nier que le secteur de la formation est d’ores et déjà bouleversé par la digitalisation et sa petite sœur l’intelligence artificielle (IA). Mais quelle est la nature de ce bouleversement : est-ce une évolution « tranquille » ou au contraire une révolution brutale (une disruption pour reprendre un terme à la mode) ?

Procédons par ordre. La digitalisation d’abord. Nous avons déjà traité en partie la question de l’impact de la digitalisation sur la formation dans certains de nos blogs précédents. Sans redire ici ce que nous avons déjà écrit dans le détail ailleurs, elle facilite l’utilisation ou la réutilisation (sous forme numérique) de nouveaux outils permettant l’interaction entre les stagiaires et la mise en application des connaissances (jeux de rôles, études de cas, serious games…). Elle permet aussi la personnalisation, voire l’individualisation des parcours en tenant compte en temps réel des informations données par un stagiaire (par exemple, le résultat obtenu à tel QCM va conditionner au moins en partie la suite du parcours de formation de ce même stagiaire). Est-ce une rupture pour autant ? Tout dépendra du rythme auxquels ses différents outils vont être adoptés par un secteur aujourd’hui prudent face à ces outils, certains d’entre eux étant encore relativement coûteux. La rapidité d’adoption de ces pratiques digitales est aussi à confronter aux résistances (par exemple, dans l’éducation nationale, de certains professeurs et de certains étudiants) de certains acteurs du secteur… Bien malin celui qui peut prévoir ce qui va se passer en la matière…

Mais il n’en reste pas moins que la digitalisation bouleverse le secteur de la formation. Dit comme ça, cela peut faire un peu peur, notamment lorsque l’on est un formateur qui n’est pas à la pointe de ces évolutions technologiques. Or, cette inquiétude n’est pas justifiée dès lors que l’on comprend que la digitalisation ne diminue pas l’importance d’un formateur mais modifie en revanche profondément son rôle : ce dernier est en effet de moins en moins un « fournisseur de savoir » mais de plus un « créateur de sens ». Beaucoup de savoir (plus globalement, une quantité quasi illimitée d’information) est en effet disponible, en libre accès, sur la Toile. La valeur ajoutée d’un formateur n’est donc plus de le transmettre mais bien de donner du sens à ces informations en les triant et en les organisant avec le stagiaire. Le formateur devient donc un accompagnateur de l’apprentissage profond (le fameux « deep learning ») et un tuteur plutôt qu’un apporteur de connaissances « brutes ». Mais nous le savons tous : cette mutation du secteur de la formation a déjà commencé depuis une bonne vingtaine d’années, elle change juste d’ampleur avec la digitalisation.

L’intelligence artificielle, dont les premières applications commencent à arriver dans le secteur de la formation, démultiplie ces possibilités. Toutefois, ce n’est peut-être pas là que se situe la conséquence majeure de l’IA mais plutôt dans son caractère transversal. Non seulement, elle va modifier le métier de formateur mais aussi (et surtout) ceux des stagiaires en formation. En particulier, tous les métiers dans lesquels la prédiction est importante (la banque, les assurances…) vont devoir développer de nouvelles compétences en la matière en s’appuyant sur l’IA. Prévoir le comportement d’un collaborateur (pour les RH), anticiper les besoins d’un client (pour le marketing)… sont deux exemples de ces compétences que bon nombre d’entreprises vont devoir maîtriser dans l’avenir. Et, elles auront besoin de former leurs collaborateurs pour qu’ils acquièrent ces nouvelles compétences ! Et la boucle est bouclée…

Alors, la digitalisation et l’IA : évolution au long cours ou révolution brutale ? Et bien ça dépend ! De la rapidité avec laquelle le monde de la formation va collectivement adopter ces nouveaux outils, des aides financières qu’il aura pour ce faire et enfin de l’accompagnement nécessaire que lui proposeront les partenaires du secteur (état, collectivités territoriales, OPCA…). En la matière, le paysage est encore brumeux mais une chose est sûre : plus un organisme de formation partira à point et anticipera sa mutation digitale et moins il trouvera sa transition brutale …

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